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Noa Médicis
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Joined: 16 Nov 2007 Posts: 4
Localisation: Paris
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Posted: Fri 23 Nov - 17:32 Post subject: Une dune de pavés |
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La nuit commençait à peine à tomber, le soleil mourant colorait le ciel de milles teintes exubérantes, de petits feux d'artifices, rouges, jaunes, orange qui se noyait dans l'absolu infini de la voute céleste. On n’apercevait pas encore les étoiles, mais peut-être était ce Parceque les lumières de la place Châtelet écartaient la nuit et ses oiseaux de malheurs. Cet endroit, regorgeait toujours de vie, semblant rire aux affres du temps, se moquant bien des quand dira t'on. Elle était un lieu de rêve pour quiconque souhaitait aller se perdre dans ses spectacles de rues.
C'était d'ailleurs le cas du démon, qui ce soir se promenait comme un animal solitaire, zigzagant entre les passants qui se hélaient, riaient à pleine voix, agitaient leur bouteille au dessus de leur tête. Toute cette agitation, cette fébrilité, tout ce sang palpitant si fort dans leur veine plongeait Noa dans une sorte de bien être inconscient, il y avait dans cette vie débridée quelque chose qui manquait aux austères salons mondains qu'il fréquentait en temps normal, toujours à la recherche de son artiste. Car il n'y avait aucun doute possible, cela faisait maintenant un an qu'il s'était de nouveau incarné dans la Capitale, un an qu'il avait intrigué pour se faire la coqueluche orientale de ces monsieur et mesdames et que son regard émeraude cherchait à percer la foule de part en part à la recherche de celui qui saurait projeter son art au delà de toute imagination. Celui qui pouvait avoir recours à l'aide d'un démon sans même le savoir.
Mais cet inconnu, cet objet tant chéri ne se montrait pas, restait ostensiblement sort aux appels effrénés de Noa dans la nuit, a ces phares qu'il allumait plein feu dans l'espoir de repérer quelques talents chez autrui. Mais toujours il tombait sur des silhouettes sales, lubriques et vides qui ne pensaient mieux à leur entrejambe et à leur gloire qu'aux arts.
Ce soir, il portait son vêtement traditionnel, nullement gêné par le froid qui s'engouffrait dans la place, canalisé par les hauts bâtiments qui la bordait. Un corset rouge et ivoire ouvert sur le devant où étaient attachées des manches au tissu fin et un pantalon noir léger qui s'accommodait bien avec l'écharpe de la même couleur qui s'enroulait de sa gorge jusqu'au dessus de son nez, déguisant son tatouage aux yeux inopportun. Il était désormais assez connu dans la ville, pour ses récits fantasmagorique où le sable se mêlait au bruit de la caravane, pour cette beauté vénéneuse, venue des confins du monde. Pour cette attitude, à sembler toujours attendre quelque chose qu’aucun dandy n’arrivait à lui donner, et ce n’était pas faute d’avoir essayé.
S'avançant vaguement vers un vendeur qui distribuait quelques bibelots à l'effigie du spectacle qui allait se produire, il regarda d'un air distrait les marchandises offertes. Se saisit d'une figurine de bois, la levant au niveau de son regard puis la reposant sans même prêter attention aux autres. Puis il se laissa emporter par un mouvement de foule jusque devant une petite scène montée à la va-vite ou quelques comédiens échauffaient déjà leur voix. Noa reconnu l'un deux, il s'agissait de la figurine qu'il avait saisit tout à l'heure.
Haussant un sourcil, il croisa les bras. Peut-être ce spectacle n'était-il pas un hasard, peut-être que son artiste faisait partit de cette troupe ambulante. Quelle tristesse, il n'en trouvait aucun beau, aucun n'avait une réelle élégance en dehors d'un charisme nécessaire. Le visage grave, la mine froide, il regarda le premier acte de la pièce sans sourciller, toujours campé debout, sans ressentir la moindre fatigue. Il s'ennuyait un peu, bien qu'un des personnages principaux lui semble plus doué. Quel dommage qu'il n'ait pas trouvé une représentation d'une pièce qu'il aimait. Cependant, alors que ses pensées étaient toute droite dirigée, comme une flèche, vers le spectacle, il fut troublé par la présence d'un inconnu qui se plaça juste à sa gauche. _________________

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Raphaël Sorel Compositeur des Etoiles
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Joined: 12 Oct 2007 Posts: 10
Localisation: Paris
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Posted: Sat 24 Nov - 11:46 Post subject: Une dune de pavés |
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Il n'était pourtant pas surprennant de voir parmi un public si peu averti un personnage aussi éminent que savait l'être Raphaël Sorel, car le jeune compositeur était friand de tels spectacles populaires, non pas parce qu'ils n'exigeaient aucun véritable bagage socioculturel et qu'il était aisé de rire des farces grotesques des comédiens, mais plutôt parce qu'ils étaient un gouffre sans fond où puiser la force brute nécessaire à toute création artistique, quelle que soit la portée de celle-ci. Eût-on trouvé meilleur calice pour goûter à l'immortalité ? Seule la foule offre la postérité. Les manants qui hantent encore les châteaux ruinés avaient certes le subtil goût artistique des critiques acerbes, mais ils n'offraient jamais qu'une reconnaissance froide, ils ne prêtaient jamais aux artistes qu'une gloire vaine. La populace, parce qu'elle ne connaissait que l'enfer, offrait le paradis à l'artiste qui sait toucher son coeur du doigt.
Cependant, le spectacle était vraiment de piètre qualité. Raphaël ne regrettait certes pas d'être venu jusque sur cette place, mais il était déçu d'une telle entrée en matière. L'acteur principal servit un jeu tout à fait recevable, mais ses pairs n'avaient ni son talent, ni son charisme, et il faut croire que la guenon qui interprêtait la servante aurait mieux fait de s'abstenir. Avait-on déjà vu pareille souillon ? Le compositeur n'en avait pas le souvenir ... Aussi préféra-t-il faire glisser ses mains le long de son manteau aux reflets nocturnes avant de les passer dans ses cheveux. Il espèrait juste que durant l'entract où il devrait interprêter avec le petit orchestre quelques morceaux pour faire patienter le public, le temps qu'on pût changer les chandelles et les décors, le public en question serait charitable, car après deux actes si ... médiocres, il risquait d'être peu enclin à la sympathie pour les artistes. Certains d'ailleurs jetaient contre le sol dallé de la place les statues qu'ils venaient pourtant d'acheter de plein gré.
Raphaël voulut se retourner pour contempler la foule et prendre la température de ceux qui allaient bientôt juger son art, et sans le faire exprès et parce qu'ils étaient très nombreux assemblés, il fut bousculé, ou peut-être bouscula un jeune homme qui se trouvait près de lui. Il énnonça quelques mots pour s'excuser, mais fut quelque peu gêné par l'allure générale de son vis à vis aux yeux qui brillaient comme les plus belles émeraudes de l'Orient et à l'aura si ténébreuse. Pourtant, il lui semblait l'avoir déjà vu. Mais il existait des êtres qui curieusement rappellent un souvenir à tous ceux qui posent un jour les yeux sur eux. Raphaël, bien loin de ces considérations philosophies, et très gêné toujours de l'avoir bousculé, cherchait par quelque moyen désespéré à se faire entendre, car comme s'achevait le deuxième acte, la foule alentour commençait à bouillir d'impatience, mais était partagée : certains applaudissaient alors que d'autres huaient avec vigueur les acteurs qui quittaient la scène.
Avec une voix forte, Raphaël s'écria :
"Je suis désolé, mais ce n'est pas de ma faute ... C'est une loi de la nature, nous sommes trop à l'étroit, par ici ..." _________________ >> "Ah ! Quelle nécropole que le coeur humain ! Pourquoi aller aux cimetières ? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux !" <<
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